HybrideS’cape...

Article écrit par : Patrice Nadam * Mélanie Fenaert
Première mise en ligne le 16 février 2021
Un live escape game avec Boris et Natacha

Rendez-vous à 13H30 mardi 9 février 2021 ! Le tout accompagné d’un lien de visio. Voilà les seules informations reçues pour l’expérience un peu mystérieuse à laquelle nous avons accepté de nous prêter : vivre un escape game à distance.

Le jour J, à l’heure H, nous nous retrouvons dans la salle en ligne et nous nous découvrons les uns les autres. Nous sommes cinq, Clémence, Valérie, Céline, Marion et Bruno. La conversation s’engage, dans l’attente de… on ne sait pas bien de quoi en fait.
Soudain une nouvelle voix se fait entendre, interrompant le plus bavard d’entre nous. Une nouvelle caméra s’active.

Le Lieutenant GM. Haster (alias Mélanie) nous remercie d’avoir répondu à l’appel, s’assure que nous sommes tous bien connectés au moins en audio et nous conseille d’avoir plusieurs écrans devant nous. Le temps que Clémence aille chercher une tablette pour compléter son ordinateur portable, nous nous mettons en condition, amusés et de plus en plus intrigués.

Merci à nouveau pour votre rapidité à répondre à l’ordre de mission. Bien entendu cette mission est top secrète, vis-à-vis de notre peuple tout comme de nos ennemis américains. Nous avons appris qu’une importante fuite de gaz est en cours dans une de nos usines, située non loin de notre capitale, Moscou. La zone de l’incident s’est automatiquement mise en mode sécurité, mais deux employés sont restés à l’intérieur. Vous êtes des experts de ce genre de situation, mais nous ne pouvons pas vous envoyer assez rapidement sur place. Il vous faudra agir à distance, en passant par le réseau de caméras de surveillance ultra-moderne de l’usine, afin de les sauver et refermer les vannes de gaz qui risquent de faire exploser l’usine et menacent les populations aux alentours. Les deux employés sont des comptables et n’ont pas de compétences techniques, il vous faudra bien les guider. La liaison audio n’est pas bonne, ils ne parlent pas d’autre langue que le russe, parlez-leur lentement et clairement.

Nous posons quelques questions pour nous assurer que nous avons bien compris notre mission, puis le lieutenant disparaît quelques secondes le temps de s’assurer de la liaison avec l’usine à sauver [1]

Natacha et Boris (Audrey et Patrice) finissent les préparatifs. Ils vérifient que les caméras sont bien actives et correctement orientées. L’ensemble de la salle doit être couvert. Ils ajustent également leurs deux caméras embarquées : en absence de vrais harnais, les deux téléphones portables sont accrochés avec les moyens du bord à leur poitrine. La session de visioconférence est lancée et les différents onglets des navigateurs ouverts afin de diffuser l’image de chaque caméra. Deux d’entre elles sont masquées pour les besoins du scénario.

Les deux acteurs sont prêts et attendent l’arrivée des joueurs. La réception d’un SMS est le signal. Ils entrent dans leurs rôles. Boris tape sur un vieux poste de télévision en pestant en pseudo-russe… Natacha écrit quelques formules mathématiques au tableau.

Bien que le nombre de caméras puisse paraître impressionnant, il n’y a rien de bien compliqué techniquement ! Nous aurions pu en effet chercher à utiliser un vrai équipement de télésurveillance ou tirer des câbles afin d’exporter la « régie » à l’extérieur de la salle mais nous avons volontairement utilisé du matériel classique. En absence de caméra grand angle, trois ordinateurs portables sont disposés à divers endroits de l’espace de jeu, en hauteur de préférence pour diffuser une vue plus large. Deux flexcams HUE HD Pro et une webcam complètent le dispositif.

Pour diffuser en direct leurs gestes, les acteurs sont équipés de smartphones. La veille de l’expérimentation, des tests ont montré qu’il était préférable de fixer ces téléphones à hauteur de poitrine plutôt que sur le front afin de limiter les mouvements et de bien montrer les mains en action. Cette configuration est également plus confortable.

L’outil de visioconférence doit permettre de masquer les vignettes des participants sans webcam. C’est pour cela que Big Blue Button a été choisi plutôt que Jitsi. En revanche, ce dernier aurait permis une gestion des micros et des retours audio plus facile. Pour chaque caméra, on ouvre un onglet du navigateur en indiquant comme identifiant de connexion le numéro de la caméra ou le nom du personnage porteur du smartphone.

Tous les appareils sont connectés à Internet via le wifi de l’établissement. La stabilité de cette connexion est une condition essentielle à la réussite de l’expérience !

Le lieutenant réapparaît et nous fournit un lien : celui d’un mur collaboratif (Padlet), dans lequel nous pourrons collecter les indices trouvés sur place et où nous trouvons un accès à l’interface de communication avec l’usine en perdition.

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Nous nous connectons et découvrons les lieux par l’intermédiaire de plusieurs caméras. Nous sommes dans une pièce exiguë au décor rétro et encombré. Nous distinguons un bureau en formica, un antique minitel, un ordinateur, des armoires en bois, des cartes aux murs… Difficile de tout voir. Les deux employés sont présents et semblent nerveux. Le lieutenant nous les présente : Boris et Natacha. Ils hochent la tête, nous confirmant qu’ils nous entendent bien, mais aucun son ne nous parvient. Le lieutenant se rappelle alors que le réseau de surveillance, malgré sa modernité, ne donne pas de retour son depuis les lieux : il va falloir se contenter de la vue et des gestes des deux comparses.

Cet aléa technique a donné quelques sueurs froides à Mélanie, la game master, d’autant que trente minutes auparavant le son fonctionnait parfaitement… Les facultés d’adaptation d’un maître du jeu doivent être optimales ! Elle peut ensuite se mettre en retrait pour les joueurs sur le début du jeu, s’assurant simplement que tous comprennent comment communiquer et exploiter à la fois la visio et le mur collaboratif.

Côté salle, pour Natacha-Audrey et Boris-Patrice, les débuts sont aussi un peu déroutants. Dans l’attente des premières indications le temps que les joueurs prennent leurs marques et découvrent les lieux. Le temps paraît long, il faut continuer à simuler et à trouver une occupation. Natacha balaie lentement avec sa caméra embarquée les coins les plus intéressants de la salle. Les deux acteurs sont avertis qu’on ne les entend pas. Zut ! Mais pas grave, il était convenu qu’ils communiqueraient peu et en russe : il leur faudra seulement surjouer les effets de surprise et les émotions. L’absence de retour audio et le port du masque permettent aux deux acteurs de communiquer entre eux en toute discrétion.

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Sur le Padlet est apparue une image à 360° des lieux. Elle nous permet de mieux nous représenter l’organisation spatiale de la pièce, donne quelques informations sur certains objets et signale les meubles à ne pas fouiller. Après un petit temps, nous commençons à donner des indications aux deux employés, afin de mieux voir les recoins de la pièce. Il nous faut apprendre à ne pas parler tous en même temps, et à les guider en parallèle afin d’optimiser le temps : nous n’avons qu’une heure devant nous ! Bruno leur parle russe, mais bizarrement ni Boris ni Natacha n’ont l’air de comprendre… À notre demande, Boris fouille dans les tiroirs, Natacha fait des gros plans sur les objets découverts. Clémence demande à ce que le document au tableau soit récupéré. Il est placé sous une flexcam, tandis que le Lieutenant nous signale qu’elle l’a mis en même temps sur le mur collaboratif.

Arrivent enfin les premiers ordres. Difficile pour Natacha et Boris de guider les joueurs sans trop leur donner d’indications. Ils se placent à des endroits stratégiques afin de faire découvrir les indices mais en restant suffisamment éloignés pour partager un plan large de ce qu’il faut observer.
Parfois, cela ne déclenche aucune réaction… Les joueurs sont sans doute sur un autre document ou une autre vidéo. Mélanie veille alors à signaler aux joueurs que Boris ou Natacha semble montrer quelque chose avec insistance. Pas évident d’avoir les yeux sur tout côté game master, même avec deux écrans panoramiques ! Heureusement, elle a déjà vécu l’escape game « pour de vrai », et dispose d’organigrammes détaillés du scénario et des énigmes, lui permettant à tout moment de fournir des coups de pouce aux joueurs si besoin.

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La gymnastique entre les différentes ressources à consulter est un peu longue à mettre en place. Il faut avoir l’œil sur les caméras et le Padlet, tout en réfléchissant aux énigmes rencontrées tandis que d’autres joueurs guident encore oralement Boris et Natacha pour récupérer des indices et réaliser des manipulations : déplacer des boulons à l’aide d’écumoires, résoudre un labyrinthe à l’aveugle, modifier un document numérique... Le Lieutenant nous encourage sur certaines de nos pistes, et les premiers cadenas ouverts nous donnent confiance. Nous parvenons enfin à nous partager les tâches de manière intuitive, nous appuyant sur les compétences de tous : codage avec Scratch, équilibrage de réaction chimique, déchiffrage de message secret... Le Padlet évolutif nous aide à ne pas oublier d’indices, même si nous n’avons pas le temps de nous en servir pour des notes collaboratives : chacun a son papier et son stylo de son côté.

La sauce a pris… comme si les joueurs étaient présents dans la salle. Le jeu est fluide sans flottement, les étapes s’enchaînent. Mélanie amende le Padlet au fur et à mesure des découvertes, mettant de côté les éléments une fois utilisés. Natacha et Boris sont souvent sur les mêmes énigmes. Cependant, ils jouent parfois un rôle complémentaire en diffusant deux documents à associer pour la résolution d’une énigme.

Les dernières énigmes se déroulent sans accroc, la conclusion est proche, Mélanie lance un « Plus que cinq minutes ! » histoire de faire monter la tension, et se met en retrait… Et bientôt, ça y est ! Le dernier cadenas est ouvert et la vanne fermée. Natacha et Boris se lancent dans une danse de la joie !

Nous avons réussi ! Nous exultons, heureux et fiers d’avoir relevé le défi, juste dans les temps. En attendant que la connexion audio soit retrouvée dans la salle, nous évoquons avec volubilité nos succès et les difficultés rencontrées. Mélanie commente l’organigramme du jeu apparu sur le mur collaboratif, nous permettant de mieux appréhender l’ensemble du jeu. Enfin Boris et Natacha parviennent à se connecter, dévoilant leurs véritables identités : nous discutons alors des aspects techniques de la mise en œuvre du jeu à distance, et de l’avenir de l’escape room conçue il y a 3 ans par des élèves d’Audrey. Un regret pour Bruno, ne pas avoir pu communiquer directement avec les deux acteurs dans la salle, ce qui aurait facilité certaines actions et installé une plus grande connivence avec eux. Mais l’expérience nous a ravis, et donné des idées à certains d’entre nous...


Clémence : L’intrigue était bien ficelée et les énigmes variées. J’ai rencontré un problème de webcam qui ne m’a cependant pas empêchée de participer à ce moment très convivial, avec des partenaires investis dans la recherche. Comme dans un vrai escape game !


Valérie : Un moment de coopération riche malgré la distance, avec des énigmes résistantes mais bien ficelées comme on les aime, résolues grâce à l’aide subtile et précieuse du maître du jeu et des acteurs (que l’on a su guider autant qu’ils nous ont guidés !).


Marion : C’était une super expérience, amusante et très intense, avec une bonne collaboration dans l’équipe ! Grâce aux acteurs et à la game master, on était vraiment plongés dans le jeu. Une expérience très inspirante et réussie, à refaire !


Céline : Une expérience déroutante et enrichissante ! L’atmosphère créée par cet escape game (décor, acteurs...), le choix des énigmes et les outils de communication utilisés ont facilité l’immersion du joueur en ligne et ont permis à chaque joueur de coopérer pour gagner.

Cinq joueurs distants pour trois organisateurs ! Si cette configuration peut paraître peu rentable, nous avons voulu mettre toutes les chances de notre côté en réduisant l’effectif des participants. La présence en ligne d’un game master nous semblait indispensable. Elle l’est ! Son rôle est primordial pour l’accueil et le suivi des joueurs. Dans la salle, la présence des deux acteurs nous paraissait nécessaire afin d’éviter de rendre linéaire la partie… Même si leur rôle a souvent été complémentaire, ils ont rarement été sur deux tâches différentes. On envisage pour une prochaine session de ne mettre qu’un acteur et d’augmenter le nombre de participants en espérant que cela n’entraînera pas de cafouillage et une démotivation de certains d’entre eux.

[1Le jeu d’évasion servant de support à cette expérimentation est Usine à gaz, une véritable escape room créée par des élèves. Au cas où vous auriez l’occasion de jouer cet escape game à distance, évitez de céder à la tentation d’étudier les détails de ce jeu.