Le trésor de Drake

Or ou argent ? Sur le pas de la porte, la game master Cécile fait choisir une pièce de monnaie à chacun de nous. Sans le savoir, nous venons de constituer deux équipes de cinq joueurs : ducats espagnols contre livres anglaises.

Après les consignes habituelles de sécurité et les conseils pour la fouille (hauteur limite, code couleur pour les indices...), nous pénétrons enfin dans la salle, avides de tester cet escape game. C’est le dernier jour de la formation « Élaborer une activité de classe de type escape game utilisant l’intelligence collaborative » et les stagiaires testent les jeux qu’ils ont créés en une dizaine d’heures.

Elisabeth II en personne - du moins, une vidéo Voki représentant la reine d’Angleterre - nous accueille. Le message est en français, mais il sera en anglais pour les élèves. Nous sommes d’horizons variés (Sciences, Vente, Lettres...) et de générations différentes : c’est bien de penser à tout le monde. C’est important pour l’immersion des joueurs. Le message est en français, mais il sera en anglais pour les élèves. Les auteurs ont pensé aux collègues non anglophones pour ce jour de test. J’en connais qui doivent apprécier cette délicate attention. Cela doit faciliter leur immersion dans le jeu.

Une épave identifiée par les historiens comme celle du trésor de Drake a été repérée dans l’hémisphère sud, dans les eaux internationales. On ne sait pas où elle se situe précisément mais il faut la trouver et retrouver le trésor ! D’ailleurs, l’Espagne commence à revendiquer ce trésor comme le leur ! Le peuple anglais ne va pas se laisser faire. Les Espagnols et nous-mêmes avons déjà formé les équipes d’archéologues à envoyer sur place. Identifiez-vous et rejoignez votre équipe ! Vous n’avez que 30 minutes ! Bon courage.

J’appartiens à l’équipe espagnole. Nous devons donc récolter les indices avec les gommettes jaunes.Ayant choisi une livre sterling, je dois récolter les indices à gommettes grises comme mes collègues de l’équipe anglaise

Un message polychrome est assez rapidement dévoilé grâce à la tablette et l’application Reveal Lens. Quatre symboles apparaissent : carré, losange, cercle, triangle. On a failli louper le cercle ! Nous comprenons queIl nous semble assez évident que ce code va permettre de mettre des éléments dans l’ordre. Nous ne faisons même pas attention au logo de Google Maps (pourtant en quatre exemplaires sur le document), mais ce ne sera pas un problème.Le logo de Google Maps aux quatre coins du document laisse penser que nous devons retrouver une géolocalisation, sûrement l’emplacement de l’épave recherchée.

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Notre intuition est confirmée avec la découverte de quatre cartes anciennes dans une pochette.Dans une pochette, quatre cartes anciennes. Elles portent des dates différentes (1576, 1577, 1578, 1579) et, au-dessus d’un losange, une fin de latitude (partie de coordonnées GPS) en minutes-secondes-Sud. Il faut choisir la bonne carte !

Mes coéquipiers crient "1578 !" Derrière un portrait de Drake [1] la lampe UV révèle le code 1578 : c’est la date qui permet de choisir la bonne carte et les bonnes coordonnées. Le losange est en deuxième position. C’est bon ! Nous sommes rapides, ça avance bien !L’équipe adverse crie "1578 !", elle pourrait être plus discrète. On leur dit qu’on a déjà cet indice ?

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Les résolutions des énigmes s’enchaînent parfaitement. Sur un ordinateur allumé, un dossier est ouvert contenant deux fichiers PDF. Tous deux bloqués par un mot de passe. En parallèle, deux anagrammes sont trouvées : une en espagnol, une autre en anglais. Ce sont les codes pour ouvrir les PDF. Nous n’avons pas eu besoin des indices présents sur des couvertures de livres et boîtiers de DVD. Nous testons immédiatement les deux anagrammes sur les fichiers PDF. Si le mot pirata débloque le premier fichier (biografia.pdf), le second ne fonctionne pas ! Cela aurait été trop facile... Majuscules ? Minuscules ? On a loupé les points d’exclamation qui suivent le mot hero ! On tente, ça marche. On peut ouvrir le fichier QCM.pdf.

Tous les documents sont en espagnol et en anglais. On peut répondre aux questions du QCM grâce à la biographie de Drake. Les numéros des réponses donnent la combinaison à trois chiffres d’un coffre. L’un de nous lit le texte et répond rapidement aux questions. Le code 358 est vite trouvé. Le passage sur ordinateur a été de courte durée. On entend la game master Honorine dire à l’autre équipe qu’il est possible d’acheter des indices avec leurs ducats. De notre coté le cadenas est rapidement ouvert.On tente ce qu’on a trouvé (158) : le cadenas nous résiste. La game master Honorine nous dit qu’on peut acheter des indices avec nos ducats. Les "Anglais" ne sont pas encore sur ordinateur. On a de l’avance. On se concerte rapidement. Nous décidons de donner une pièce : nous nous sommes trompés pour la première question. C’est trop tentant ! Pendant que la collègue relit la question, je teste les deux autres chiffres possibles. Je sais c’est moche ! [2]. La bonne combinaison est 358. Le coffre contient un bout de papier avec les coordonnées correspondant au triangle, un transparent avec des croix dessus, un labyrinthe circulaire. Ce labyrinthe a été imaginé le matin même pour remplacer une énigme manquante : le collègue qui devait s’en charger est en effet en congé paternité. Les aléas du travail de groupe [3] !

En suivant le bon chemin, on retrouve des coordonnées. Le labyrinthe étant circulaire, cela doit correspondre au symbole de forme identique. On touche le bon bout.

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Le transparent récupéré dans le coffre se superpose à une grille de bataille navale obtenue lors de la fouille. Un seul bateau est coulé ! Il s’agit du Benedict. Au dos de la grille, il y a un QR-code qui mène à un cadenas Lockee. Le code est le nom du bateau. On obtient les dernières coordonnées qu’on me dicte et que je note un peu trop rapidement.On obtient ainsi les dernières coordonnées associées au symbole circulaire.

Nous nous regroupons autour de l’ordinateur et accédons à Google Maps. Les coordonnées sont saisies en respectant l’ordre et l’écriture en degrés-minutes-secondes. On obtient une géolocalisation : au sud de l’Amérique du sud. Sur la carte de 1578, on distingue le dessin d’un bateau à cet emplacement. Les références (1 et 43) de la case correspondante donnent la combinaison du coffre au trésor qui est rapidement ouvert. Cécile annonce notre victoire à l’autre équipe... dépitée.L’équipe anglaise est également proche de la fin. Nous nous jetons sur l’ordinateur. Il suffit d’entrer les coordonnées dans Google Maps. On s’embrouille dans l’écriture. On finit par obtenir une position... en pleine Terre ! Un chiffre mal écrit a été mal saisi. Nous corrigeons, mais le résultat est tout aussi étonnant. Trop tard ! Les "Anglais" ont trouvé le trésor... Pas un penny pour notre équipe !


On cherche à comprendre notre erreur. Nous avons inversé les coordonnées du cercle et du carré. Un collègue me fait remarquer que, dans notre précipitation, nous n’avons pas vu au centre du labyrinthe les lettres O du mot TESORO en forme de carré. Grrr ! De plus, les dernières coordonnées étaient associées à un rond bien visible pourtant, mais qui n’a pas été signalé ou que je n’ai pas entendu [4]. Bref, un défaut de communication et un empressement qui nous ont fait échouer. Ce n’est pas grave : on a bien joué !

Brouillon de l'organigramme créé le Jour-1 du stage
Brouillon de l’organigramme créé le Jour-1 du stage

On passe au débriefing et aux ressentis des joueurs. Un escape game très plaisant et dynamique qui va de pair avec la compétition entre les équipes. Il n’y a pas de flottement, l’enchaînement des énigmes est fluide [5]. Elles ne sont ni trop faciles, ni trop difficiles. Classiques, elles donnent un sentiment de progresser dans le jeu. Le texte à lire est peut-être un peu long, mais cela permet aux autres joueurs de poursuivre leurs énigmes. On conseille une modification de l’énigme de la bataille navale : retirer les indications donnant l’orientation du calque et ajouter d’autres croix. Il sera alors nécessaire de réfléchir davantage pour trouver la seule position pour laquelle un bateau est coulé. Les auteur(e)s nous précisent que le Benedict est un bateau de Francis Drake qui a effectivement coulé en 1578 durant le conflit anglo-espagnol. D’autres éléments du jeu (la carte, la biographie, le vocabulaire pirata/hero...) sont reliés à l’histoire et aux notions qui peuvent être reprises en classe. Il y a de la compréhension écrite et de la compréhension orale. C’est une très belle réalisation qui reprend parfaitement les codes de l’escape game pédagogique simple et efficace et qui peut pleinement être utilisé comme support à l’introduction d’une séquence.

Bravo à Cécile et Honorine d’avoir mené au bout ce projet. Et pour ce qui est du trésor, les coordonnées permettent de repérer l’emplacement de l’épave sur la carte de 1758 et de trouver ainsi, grâce aux références horizontales et verticales, la combinaison du coffre au trésor... Mais ça, je ne vous donnerai pas la solution !
C’est un bel escape game qui nous a été proposé. La victoire nous permet de l’apprécier davantage.

[1Sir Francis Drake (1540-1588) est un corsaire, explorateur et homme politique anglais. Il effectue la deuxième circumnavigation de la Terre entre 1577 et 1580 (après celle de Magellan-Elcano entre 1519 et 1522) au cours de laquelle l’un des cinq navires, le Benedict, coule. Un détroit au large du cap Horn porte le nom de Passage de Drake, mais la venue du marin à cet endroit est remise en question.

[2Voir notre article Tricher c’est (pas) jouer.

[3Pour la suite, l’idée du labyrinthe est conservée. L’énigme sera complexifiée en imprimant le labyrinthe sous la forme d’un ConcentrX.

[4On dira qu’il n’a pas été communiqué !

[5Le scénario n’est cependant pas linéaire !

Article écrit par  Patrice NADAM
le 10 mars 2020
Type : Réel
Date de création :  mars 2020
Scénario annoncé
Amorce audiovisuelle
Final marqué
Organigramme
Scénario convergent
Imbrication
Étapes
Énigmes variées
Fouille
Puzzle 
Cadenas
Outils numériques
Décor 
Ambiance sonore 
Effets spéciaux 
Coups de pouce anticipés