Chemical Escape

Aurez-vous la réaction adaptée ?

Durant la semaine du 05 au 10 février 2018, l’Université de technologie de Troyes (UTT) a proposé à ses étudiants un escape game créé par :
Paula Caterino, ingénieure pédagogique au Centre d’innovation pédagogique,
Morgan Piezel, enseignant, Agrégé de physique-chimie et
Yann Verchier, enseignant, Docteur en électrochimie.
Vous trouverez, sur le site du centre d’innovation pédagogique de l’UTT, une présentation complète avec vidéos et enregistrement radio détaillant le jeu et ses énigmes. Nous avons voulu en savoir un peu plus sur les coulisses de cet impressionnant escape game pédagogique et avons pu interviewer deux de ses auteurs, Paula et Morgan, le 20 mars 2018.

C’est au cours d’un voyage de 380 km en voiture que l’essentiel de Chemical Escape a été créé. Émoustillés par ce qu’ils avaient vu au Moodle Moot 2017 à Lyon, les trois collègues ont eu l’envie de construire à leur tour un escape game pour leurs étudiants. Il aura suffi de quatre heures de route pour qu’une bonne partie des énigmes soit conçue et les connaissances ciblées, mais pas de scénario, ni d’emboîtement des énigmes !
L’idée avait germé. La principale motivation était, au-delà du plaisir et du défi lancé à eux-mêmes, de proposer un nouveau format d’activité pour motiver les étudiants et les faire réviser en fin de semestre. L’escape game devait être un activateur de mémoire. Ce n’est que plus tard que l’organigramme a été construit et que le scénario a été imaginé. Oui, le Professeur Bismuth n’a vu le jour que tardivement, ajoutant une surcouche « jeu » aux manipulations (de chimie) envisagées. La mission est articulée autour d’un double scénario : retrouver et analyser « l’élixir de Science infuse » qui permet de réussir ses examens sans travailler et élucider la disparition du Professeur Bismuth.

L’aire de jeu était toute trouvée : trois salles attenantes, soit une superficie de 100 m² à explorer. Un décor digne des salles d’escape game grand public, et peu coûteux puisque l’action se déroule dans les laboratoires de l’UTT… La première des salles est une réserve plongée dans l’obscurité. Les auteurs ont décidé d’y placer des énigmes classiques ne nécessitant pas ou peu de connaissances en chimie [1]. On accède ensuite au premier laboratoire (encore faut-il avoir trouvé la clé !). Là, les épreuves se corsent un peu avec plus de chimie et d’imbrication dans les énigmes… Les étudiants trouvent l’élixir dans la poche de la blouse du Professeur (du moins, ce qu’il en reste...), ainsi que la clé pour accéder au laboratoire suivant. Là, ils devront analyser la mystérieuse solution et comprendre ce qui est arrivé au Professeur Bismuth. Les notions de chimie sont ici indispensables pour résoudre les énigmes et aboutir à la fin de cet escape game.

Six mois de préparation ont été nécessaires pour la mise en place complète du jeu, durant lesquels le personnage du Professeur Bismuth a été ancré dans les réseaux sociaux. Les étudiants pouvaient en effet suivre les frasques de ce chercheur loufoque sur Facebook et Twitter entre le 4 décembre 2017 et le 8 janvier 2018, jour de sa disparition… Certains ont même cru qu’il « pétait vraiment les plombs » !

Ces comptes ont été gérés par le community manager de l’Université. L’équipe a également eu l’aide du service de communication et de son graphiste pour la campagne d’affichage et les montages vidéo. Une des associations des étudiants, l’UTT Net Group (UNG), a participé à la logistique en installant l’ensemble du système de surveillance.

Paula, Morgan et Yann ont vu les choses en grand et, comme dans les « vrais » escape games, ont voulu surveiller à distance les participants. Sept caméras et deux écrans de contrôle installés dans une salle attenante aux laboratoires leur permettaient de suivre les joueurs et de les guider si nécessaire par l’intermédiaire de talkies-walkies. L’emplacement de certains coups de pouce dans la salle était révélé, d’autres étaient glissés sous la porte... Cette proximité leur permettait donc d’interagir mais aussi d’intervenir en cas de problème.

Réduire l’effectif de joueurs par session (quatre ou cinq) a été un choix de l’équipe enseignante afin de suivre aisément leur évolution et de faciliter les échanges entre les membres du groupe. Mais cette décision fut prise également du fait des contraintes logistiques liées aux dimensions de la première salle.

Une phase de test a été programmée avec l’aide des collègues de l’UTT, mais aussi de personnes extérieures dont un inspecteur de physique-chimie (IA-IPR de SPSC). Elle a permis de peaufiner les derniers réglages mais aussi d’ajuster le rôle des game masters qui avaient tendance, lors des premières sessions, à vouloir désamorcer trop rapidement certaines situations de blocage. De même, le discours d’introduction a lui aussi évolué. À l’origine, il n’y avait pas de réelle pression temporelle envisagée dans le scénario. D’ailleurs aucun chronomètre n’est visible des joueurs durant la partie. Cependant, l’idée d’une alarme désactivée le temps des recherches a été ajoutée au synopsis.

Le jeu se déroulait sur une durée d’1h45 [2], suivie de la prise d’une photo et d’un débriefing d’une dizaine de minutes. Plus une discussion informelle qu’une réelle explication par manque de temps : il fallait préparer pour les suivants… Les auteurs l’avouent, ils ont été très ambitieux : « Le format d’1h45, c’est trop long ! », d’une part pour les étudiants qui en sortaient généralement épuisés, d’autre part pour les game masters qui devaient se relayer toutes les deux heures. Le rythme était, il faut le dire, effréné, et a nécessité une logistique, une planification et des ressources humaines importantes. Néanmoins, enseignants, personnels de l’UTT, étudiants ont tous mis la main à la pâte faisant de Chemical Escape une « machine » bien rodée qui a pu accueillir, sur cinq jours, soixante-dix étudiants volontaires. Un échantillon conséquent qui a permis de discerner plusieurs profils de joueurs comme celui qui veut accomplir sa mission au plus vite ou celui œuvrant pour le bien collectif. Les « bons » élèves sont globalement les plus réactifs et les plus rapides sur les énigmes de chimie, d’autres, plus « débrouillards », excellaient dans les activités moins classiques et plus ludiques : fouille de la salle, collecte des indices, reconstitution des combinaisons permettant l’ouverture des cadenas.

En plongeant en fin de premier semestre, les étudiants de première année d’École d’ingénieur dans une situation concrète recontextualisée et ludique, Chemical Escape était destiné à consolider leurs acquis de chimie. Or les étudiants n’ont pas bénéficié des mêmes unités d’enseignement au cours de ce semestre. Si les uns, dispensés de l’UV Chimie, ont pu utiliser le jeu au profit de leurs révisions, d‘autres ont bénéficié avec intérêt d’une sensibilisation au contenu disciplinaire du second semestre. Une émulsion croisée est naturellement née générant une coopération entre pairs. L’objectif programmé a donc largement été atteint, voire même dépassé !

Au regard des réactions des participants et de l’enthousiasme de ses auteurs, Chemical Escape est une réussite et mérite la médiatisation qu’il a connu ! Malgré un tel succès, Paula, Morgan et Yann souhaitent faire une petite pause, tant l’investissement et le temps nécessaires à la conception de ce serious escape game à grande échelle ont été importants. Cependant d’autres projets émergent, comme la construction d’un défi d’évasion dans le cadre de la liaison Lycée / Université et une adaptation en lycée de Chemical Escape pour l’année 2018/2019, année française de la chimie. Signalons aussi la construction en parallèle par une autre équipe de l’UTT d’un prochain jeu d’évasion au sein de la bibliothèque universitaire.

Nous tenons à remercier Paula, Morgan, et Yann pour leur disponibilité et leurs réponses dans un moment simple et convivial. Nous avons également bien noté le prochain rendez-vous qui nous permettra de rencontrer le Professeur Bismuth en chair et… en os.

[1Il y a tout de même une équation RedOx à équilibrer !

[2Les meilleurs ont mis 1h35 pour résoudre l’ensemble des énigmes.

Article co-écrit par : Patrice NADAM , Anne PETIT , Mélanie FENAERT
le 29 mars 2018
Type : Réel
Public visé : Étudiants
Niveaux envisagés : Supérieur
Nombre de participants : 3 - 5
Durée : 105 min.
Nombre d'énigmes : 20
Phase d'apprentissage : Révisions - Découverte - Cohésion
Date de création :  février 2018